Octobre
Ma mère a vu l'etincelle s'éteindre.
Je lui ai dit: ne t'inquiète pas, depuis trente et trois ans
j'en ai vu assez de cycles pour savoir que
je les connais maintenant,
comme l'agriculteur sait chaque centimètre
de son verger.
Les fruits tombent, puis les feuilles, puis le silence;
pendant que la terre, muette, écoute la musique imaginée du printemps
se déployer
sur une partition invisible
les ames se réposent, et le feu aussi.
Ma mère m'as dit: tu n'es pas sereine.
Elle l'a dit avec beaucoup d'amour.
Mon regard se répand sur ce que je connais
et non:
je ne peux pas etre sereine comme elle voudrait.
J'ai très peu de mots pour decrire
les fragments de moi dont j'etouffe l'expression
dans cette vie établie
et chaque jour c'est un jour de deuil
pour une moi qui s'éteint;
et pourtant de reprendre le chemin m'est impossible
car j'ai encore trop à apprendre. Ici.
Tu vois? J'écris dans une langue étrangère
car c'est ainsi que je me sens moins étrangère à moi-meme
ou tout simplement justifiée dans cette non-appartenance.
C'est dans le déplacement, physique ou mental
que je retrouve l'etincelle
c'est dans ce regard insolent
dans l'electricité des debuts
dans la douleur des fins
dans la remise en question
dans la rupture
dans la joie créatrice
dans l'espace et le temps non attribués
dans vide que le thème laisse à l'improvisation
dans la violence du désir
dans le sexe qui s'embrase sans qu'on le touche
miroir d'une lame d'yeux qui coupe la chair vive.
Ma mère a bien vu
elle me connait bien.
J'ai trop de liens pour reprendre le chemin
et le feu
petit à petit
s'éteint.
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